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L'Empire du Mali.
Tout comme celles du Ghana, les origines du Mali sont très mal connues. Il y a de fortes chances pour que la cellule primitive de ce qui devait être l'un des plus grands Etats de l'Afrique ait débuté très modestement par être ce que l'on a appelé plus tard une chefferie, à cheval sur le Niger en amont de Bamako, vers le confluent de la rivière Sankarani, à proximité immédiate des riches mines d'or du Bouré.
Cet Etat est donc beaucoup plus méridional que le Ghana : le I2e au lieu du I6e Nord. Il faut sans doute voir dans ce déplacement vers le sud du centre de gravité de l'Empire la volonté de prendre ses distances par rapport aux nomades sahariens qui avaient si efficacement ruiné Ghana. Le chameau, sans être totalement absent sous cette latitude assez basse, ne peut y venir qu'en saison sèche et n'y survit pas ; le cheval aussi y est rare à cause de la trypanosomiase. Les souverains du Mali, très sagement, n'ont pas cherché à rapprocher leur capitale des turbulents Sahariens. et n'avaient donc rien à craindre des guerriers désarmés car dépourvus de leurs montures traditionnelles.
Le premier à nous parler du Mali est une fois de plus El-Bekri. Il nous parle de l'édifiante conversion à l'Islam du roi de Malal au milieu du XIe siècle,
le Mali dut couler une existence paisible au XIIe, continuant à fournir l'or du Bouré et les esclaves des tribus païennes du Sud aux commerçants arabo-berbères du Sahel et il faut arriver au début du XIIIe pour apprendre du nouveau.
Le Mali était alors gouverné par le roi Naré-Famaghan, s'il faut en croire la tradition orale mandingue codifiée par les griots de Kiela entre autres, et ses douze fils devaient lui succéder. Mais son suzerain, le roi de Soso (qu'il ne faut pas confondre avec les Soussou de Guinée), élimina successivement onze d'entre eux, ne laissant la vie sauve qu'au dernier, Soundiata, dont la santé chancelante - il paraît avoir été paralysé lors de ses premières années - l'amenait à penser qu'il n'avait rien à craindre de cet enfant chétif.
Le jeune prince guérit, grandit et sut grouper des forces armées destinées à s'opposer un jour à l'oppresseur de son peuple et de sa famille.
Il semble bien qu'il ait eu, outre un génie guerrier indiscutable, des pouvoirs magiques dont il sut se servir lors de l'affrontement contre son rival Soumangourou, à la bataille de Kirina, vers 1235. Il remporta là une victoire décisive.
Soundiata sut en profiter. Il annexa tous les pays qui formaient le Soso, y compris l'ancien royaume de Ghana, et, secondé par de bons généraux et certainement doué de qualités d'organisateur, il sut fonder un empire qui s'étendit au loin dans la boucle du Niger et englobait à l'ouest les placers aurifères du Bouré et du Galam.
Il semble bien que ce soit lui qui ait établi sa capitale à Niani, qui n'est plus aujourd'hui qu'un modeste village sur le Sankarani en Guinée, juste à la frontière de l'actuelle République du Mali. C'est là que la tradition le fait mourir noyé vers 1255.
Comme bien souvent en -histoire, à un grand roi succèdent d'autres plus ternes et c'est précisément ce qui arriva au Mali après la mort du fondateur de l'Empire. Plusieurs de ses fils lui succédèrent : Ouali (vers 1255-vers 1270), qui fit le pèlerinage de La Mecque sous le sultan mamelouk Ed-Daher Bibers (I260-1277), Ouati (vers I270-vers 1274), puis Khalifa (vers 1274-1275), qui était faible d'esprit et prenait son plaisir à tuer les passants à coups de flèches : un soulèvement populaire en débarrassa le Mali.
Le trône passa ensuite à un petit-fils de Soundiata, Abou Bakr (vers 1275-1285). De tous ces souverains, nous ne savons pratiquement rien d'autre que le fait qu'ils ont existé et encore, uniquement grâce à l'historien Ibn Khaldoun, qui a pris le soin de consigner dans un trop court chapitre de sa célèbre Histoire des Berbères un résumé des annales du Mali.
Un usurpateur, affranchi de la famille royale, Sakoura, un général victorieux, n'eut pas de peine à s'emparer du pouvoir, qu'il conserva de 1285 à I300 environ. Les faibles descendants de Soundiata, qui ne faisaient pas honneur à leur grand ancêtre, ne durent pas pouvoir s'opposer à ce coup d'Etat qui dut recevoir l'appui de tous ceux qui gardaient la nostalgie du célèbre fondateur de l'Empire.
Sakoura sut d'ailleurs étendre encore la puissance du Mali et ses armées s'étaient emparées de tout le pays entre l'Atlantique vers la Gambie et la région de Gao comprise. Immense empire, très puissant, où régnait la paix, ce qui amena les marchands méditerranéens à y intensifier leur commerce. Son pouvoir était assez fermement établi pour qu'il ait pu s'éloigner afin de faire le pèlerinage; il fut tué au retour, vraisemblablement chez les Tadjowa (Dadjo de l'est du Tchad).
Les descendants de Soundiata purent alors ressaisir le pouvoir : son fils Gao (vers I300-I305) et le fils de ce dernier, Mohammed ibn Gao (vers I305-I3I0), puis son neveu Abou Bakr II (vers I3I0-I3I2) complètent la série des empereurs falots cités par Ibn Khaldoun, dont on sait seulement qu'ils ont régné...
Toutefois, grâce à Al-Omari, qui écrivait vers 1337, nous savons qu'Abou Bakr II, désirant connaître les limites de l'Océan, y lança une expédition de 200 pirogues, qui dut partir vraisemblablement de la Gambie et dont une seule revint après avoir vu périr toutes les autres. Ne voulant pas croire le survivant, le souverain fit équiper 2 000 pirogues et s'élança à son tour, laissant le pouvoir à son fils, le futur Kango Moussa. Nul ne revint : il ne pouvait en être autrement. La voile était inconnue sur ces rivages avant l'arrivée des Portugais; les infortunés durent se perdre en haute mer, épuisés, faute de vivres et d'eau, sans avoir pu accomplir un bien grand trajet avec leurs inefficaces pagaies. Saluons au passage avec sympathie la curiosité géographique qui coûta la vie à l'empereur mandingue; le nom d'Abou Bakr II est à ajouter au martyrologue de la découverte maritime et il est sans doute le seul souverain du monde à y figurer...
Voici donc, vers I3I2, le fils d'Abou Bakr II, Kango Moussa, plus connu sous le nom de Mansa Moussa, au pouvoir. Son règne et celui de ses deux successeurs vont marquer l'apogée du Mali. Les conquêtes du fondateur Soundiata, consolidées par celles de Sakoura, ont groupé sous l'autorité directe ou indirecte du Mali la majeure partie des pays de la savane, de l'embouchure de la Gambie aux approches des Etats haoussa : les tribus touareg du sud du Sahara, les peuples des régions aurifères, tout comme les grands vassaux soninké ou songaï et les villes commerçantes du Niger, obéissent au souverain de Niani. Seuls sauront se maintenir indépendants, malgré des guerres incessantes et les pressions économiques, les Etats mossi, réfractaires à l'Islam, les Dogon accrochés à leur falaise inaccessible et les peuples des régions du Sud, protégées de la cavalerie mandingue par la mouche tsé-tsé.
Le seul fait du règne de Mansa Moussa (1312-1337) sur lequel nous possédions des renseignements est le pèlerinage qu'il effectua en 1324 à La Mecque. Tous les auteurs arabes, d'Al-Omari à Maqrizi, en passant par Ibn Battouta et Ibn Khaldoun, sans compter Léon l'Africain et les Tarikh soudanais, nous fournissent des détails sur ce fastueux voyage qui a vivement frappé l'imagination des contemporains et particulièrement des Cairotes. Le souverain malien emportait avec lui en effet quelque I0 à 12 tonnes d'or pour défrayer ses dépenses de voyage et il fit son entrée au Caire précédé de milliers d'esclaves richement vêtus portant chacun un lingot. Cet énorme afflux d'or en fit baisser le cours par rapport à l'argent pendant de nombreuses années dans le Proche-Orient.
Nous sommes également renseignés sur sa rencontre avec le sultan d'Egypte, sur les cadeaux qu'ils se firent réciproquement, sur les achats que fit sa suite au Caire, les dons faits aux villes saintes d'Arabie.
Moussa revint dans son pays avec une suite d'érudits, d'artistes, d'hommes pieux, de juristes et de commerçants qui établirent de solides liens économiques et culturels entre l'Egypte et le Mali, qui bénéficièrent à l'un et à l'autre pays. De cette époque datent la naissance du centre culturel de Tombouctou, qui devait fournir ses cadres à tout le Soudan nigérien aux XVe et XVIe
siècles, et l'implantation d'un style de construction adaptant les
normes méditerranéennes au milieu soudanais. Heureux temps et
heureux pays!
Mansa Maghan succéda à son père et eut un règne assez bref (1337-I34I), au sujet duquel nous ne savons pratiquement rien, Ibn Khaldoun seul lui consacrant trois brèves lignes.
Vint ensuite Mansa Souleiman, frère de Mansa Moussa, qui régna 24 ans (vers I34I-I360). C'est lui que rencontra le voyageur marocain Ibn Battouta, qui parcourut le Mali en 1352-1353. Grâce à cet écrivain, nous sommes relativement bien renseignés sur Souleiman et le Mali au milieu du XIVe siècle. Nous évoquons ainsi la vie de la cour, les fêtes religieuses encore teintées de coutumes africaines, les réceptions royales. Mais par ailleurs, le voyageur nous entretient - trop brièvement à notre gré - des pays qu'il a traversés, où règne une paix absolue qu'auraient pu lui envier la majeure partie des Etats européens contemporains. Malheureusement, ses indications géographiques sont vagues, à telle enseigne que, malgré son long séjour dans la capitale, il n'a donné aucun renseignement pouvant servir à l'identifier.
Ibn Battouta ne ménage pas Mansa Souleimad, qu'il accuse d'« avarice » : traduisons plutôt qu'il ne pratiquait pas la folle prodigalité de Mansa Moussa et était plus soucieux que son frère de la gestion des deniers de son empire...
La décadence du Mali va commencer à la mort de Souleiman : son fils Kassa eut un court règne de 9 mois (vers I360) et le pouvoir échut alors à Mari Diata II, fils de Mansa Maghan. Son règne de 14 ans (vers I360-1374) a laissé un mauvais souvenir : le peuple était écrasé d'impôts ; il se comportait en tyran et il dépensa le trésor de l'Etat en « débauches et en folies de tous genres », selon Ibn Khaldoun.
Son fils Moussa II (vers 1374-1387) « évita de suivre les errements de son père et travailla à procurer au peuple les avantages de la justice et d'une bonne administration », selon le même. Mais c'était son grand vizir Mari Diata qui avait la réalité du pouvoir : la grande période des empereurs du Mali était déjà révolue.
Des derniers souverains, nous n'avons que de très brèves mentions d'Ibn Khaldoun : Magha II (vers 1387-1389), frère de Moussa II, l'usurpateur Sandaki (vers 1389-I390) et Magha II sont les derniers connus. Avec l'auteur de « l'H istoire des Berbères » s'arrêtent les sources qui les concernent et, assez curieusement, les Tarikh, d'inspiration songaï, sont pratiquement muets sur les souverains maliens du XVe siècle.
L'anarchie détermina l'éclatement de l'Empire. Les vassaux se déclarèrent indépendants, comme le Songaï, tandis que le pays était envahi : les Mossi pénétrèrent jusqu'au lac Débo vers I400 et tout le sud du Sahara passe aux Touareg vers 1433. A la fin du XVe, après les attaques des Songaï, le Mali est réduit aux pays de l'Ouest, du Niger à l'Atlantique, sur les rivages duquel viennent d'arriver les Portugais.
L'Empire du Songhaï.
La décadence s'accentue aux XVIe-XVIIe et, bientôt, les Bambara de Biton Coulibaly mettront fin à l'Empire séculaire. Les Keita seront réduits au domaine qui fut le berceau de leur dynastie, vers la région de Kangaba-Niani mais les griots mandingues sauront conserver le souvenir du grand Empire mais plus particulièrement de son prestigieux fondateur, Soundiata, s'ils restent pratiquement muets sur ses successeurs...
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