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La Guinée Conakry

Les religions

GROUPES ETHNIQUES

RELIGIONS

Fulani (Peulh) (Guinée M) 25% Islam 85%
Malinké (HG) 25% Chrétiens  10%
Soussou (Guinée M) 25% Autres 5%
Kissi, Kpelle, Toma, Autres (GF)  25%  
 

La liberté du culte et la tolérance inter-religieuse sont des principes respectés en Guinée. 
A l’instar des maints pays d’Afrique Noire, la société guinéenne est organisée autour de la famille élargie. Chaque membre de la famille se doit de participer à tous les grands événements de la vie de groupe. En milieu rural, les ménages d’une même famille se côtoient dans une concession.
Les imams (chefs religieux musulmans) jouent un rôle important dans la société guinéenne. Ils participent à la diffusion de messages d’information et de sensibilisation éducatifs .
Deux types de société sont majoritaires en Guinée :
Les sociétés non stratifiées, relativement peu hiérarchique de Basse Guinée et de Guinée forestière.
A contrario, les sociétés du Fouta-Djalon et de Haute Guinée qui ont vécu une forte centralisation du pouvoir politique et administratif, restent aujourd’hui conservatrices, attachées au valeurs traditionnelles. IL est difficile de leur faire accepter un nouveau concept ou un nouveau produit.

L'Islam
L'histoire de l'Islam en Guinée Française se trouve liée pour une grande part à celle des Peuls, puisque la guerre de conquête qu'ils ont menée contre les peuples autochtones est aussi une guerre d'indépendance religieuse. Nous ne reviendrons pas sur son promoteur, Karamoko Alfa, ni sur les almami, dont les ardentes rivalités ont plus ou moins cédé le pas devant l'impérieux devoir de propager l'Islam parmi les vaincus. Ce sont toujours les Peuls qu'on retrouve autour de l'empire d'El Hadj Omar Tal. Ce dernier, d'origine toucouleur, après un long pèlerinage à la Mecque, s'installe sur le plateau désertique de Dinguiraye (1848) et fonde un état théocratique en réduisant les communautés dialonké voisines que commande un certain Guimba Sako. Il attire autour de lui de nombreux Foula, surtout des diiwe de Koïn et de Timbo, et part à la conquête de Nioro et de Ségou. Son action guerrière ne se fait pas sentir en Guinée, mais son influence philosophique, nous le verrons, est énorme.
Les Berbères de Mauritanie, en contact permanent avec le Maroc, ont adopté les ordres et les confréries qui, au Moyen Age, se partagent l'Afrique du Nord sous l'influence du soufisme oriental.
On retrouve ces confréries en Guinée, au Fouta-Dialon ; chronologiquement elles adoptent l'ordre qadriste, évincé un moment par le Chadélisme, pour se réclamer finalement du Tidjanisme.

A fin du XVIIIe siècle, le Fouta est à peu près islamisé. Il est inféodé alors au Qadrisme. Le grand centre en est Touba 3, ville qui comptait autrefois 7.000 habitants, sur les rives de la Koumba (vallée supérieure du Rio Grande), à mi-chemin entre Labé, et Kadé. Touba en fait n'est pas habitée par des Peuls
mais par des Diakanké qui la fondèrent en 1815 sous l'autorité de leur saint vénéré Karam Ba, originaire du Boundou et appartenant au clan des Gassama. La renommée intellectuelle de cette ville s'étend sur tout le Fouta et nombreux sont les élèves qui viennent suivre les cours des maîtres. Aujourd'hui, Touba est déchue. La libération des captifs a entraîné sa ruine ; en effet maîtres et talibé, obligés de cultiver pour se nourrir — ce qui autrefois était réservé aux captifs — ont dû cesser leurs longues méditations quotidiennes. Enfin l'arrestation de Karamoko Sankoun en 1911 lui a porté le dernier coup. Il subsiste aujourd'hui en amont de Boké des villages dont les populations se disent Toubakaye ; les Diakanké en général sont tous devenus des dioula et les sédentaires d'habiles cultivateurs. 

Le Chadélisme est à la mode au Fouta au début du XIXe siècle, propagé par un marabout mystique, ancien moqaddem de la mosquée de Fez. Les « Sadialianké », comme disent les Foula, ont été nombreux surtout dans le Ndama à Koumbia, dans le Goumba près de Kindia et dans le Labé. Le seul centre qui a conservé une certaine vitalité est le village de Diawia dans le Labé. Les autres ont disparu car, foyers d'agitation, ils ont été interdits par l'autorité française après avoir fortement inquiété le pouvoir de Timbo lui-même. Les pratiques des Chadélia donnent l'accent sur le jeûne, la prière publique. Les partisans de l'ordre (ouerd) se livrent à des réunions pieuses (diaroré plur. diarooje) où ils psalmodient et répètent indéfiniment les mêmes invocations, ce qui les jette dans des convulsions religieuses collectives.

Le Tidjanisme balaye les deux ordres mystiques précédents.

Les conditions économiques, le développement du commerce, des échanges et des transports s'accordent mal avec les mystiques puritaines et méditatives dés Qadria et des Chadélia. Aussi la mystique des Tidjania, empreinte de libéralisme, connaît-elle rapidement un essor fulgurant qui, le plus souvent, ne rencontre aucune résistance. C'est le cas pour la Guinée où elle s'installe sans coup férir, propagée par El Hadj Omar et ses disciples. De plus Toucouleurs et Foula ont des affinités — liens sang, de la langue, liens historiques — qui jouent en faveur du pèlerin de Dinguiraye. L'ouerd d'El Hadj Omar va donc se répandre comme une traînée de poudre. Pour le recevoir, l'initié, les mains dans celles du maître, doit écouter la lecture dos oraisons en usage chez les Tidjania..
Aujourd'hui le Tidjanisme est l'ordre de tous les Guinéens musulmans, dont ils n'ont d'ailleurs qu'une vague conscience. Il est devenu plus ou moins la victime de son libéralisme, puisqu'il permet beaucoup tout en laissant l'étiquette de musulman.
En Guinée Française, comme partout ailleurs en Afrique Noire, l'extension de l'Islam est liée au développement des échanges commerciaux et à la création des centres urbains. Cette religion, au lieu de représenter un élément conservateur comme dans les pays sémitiques, reçoit donc l'adhésion des milieux les moins sédentaires, surtout dans les villes où les individus sont sans défense sur le plan culturel et économique.

Nous ne pouvons mieux conclure qu'en disant avec le Professeur Griaule 4 qui définit bien la situation psychologique de 'Islam en Afrique Noire et notamment en Guinée que « si est censé musulman tout homme qui accomplit tout ou partie des cinq prières, qui jeûne apparemment ou qui porte un nom à consonance arabe, si l'on trouve normal que l'almami (imam) du chef-lieu de tel Cercle soudanais ne comprenne aucune des formules qu'il prononce, on arriverait à compter un tiers environ de la population vivant dans la religion que le Berbère Abdallah ben Yassine répandit par la guerre dès le XIe siècle. »


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